L'Observatoire des inégalités a publié le 10 juin 2026 son rapport annuel sur la pauvreté en France. Selon les données de l'INSEE pour l'année 2024 (dernier millésime disponible), 9,1 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian, soit 14,5 % de la population. La pauvreté laborieuse progresse, la grande pauvreté s'intensifie et les inégalités de revenus restent stables à un niveau élevé. Le rapport formule cinq recommandations pour la prochaine mandature présidentielle.
Sources : Observatoire des inégalités (inegalites.fr) ; INSEE, enquête Revenus et conditions de vie (SRCV) 2024 ; Secours Catholique, Rapport statistique 2025 (secours-catholique.org). Liens en fin d'article.
L'Observatoire des inégalités retient deux seuils de pauvreté complémentaires. Au seuil de 60 % du revenu médian (1 216 euros nets mensuels pour une personne seule en 2024), 9,1 millions de personnes sont pauvres, soit 14,5 % de la population. Au seuil plus strict de 50 % du revenu médian (1 013 euros), 4,7 millions de personnes sont concernées, soit 7,5 % de la population. Ces chiffres recouvrent des situations très hétérogènes : la majorité des personnes pauvres au seuil de 60 % ne se trouvent pas dans une situation de dénuement absolu, mais font face à des arbitrages budgétaires contraints sur le logement, la santé et l'alimentation.
La pauvreté a légèrement progressé par rapport à 2023 (+0,2 point au seuil de 60 %), sous l'effet combiné du ralentissement de la croissance des revenus d'activité dans les bas de la distribution et du maintien d'une inflation résiduelle qui pèse proportionnellement davantage sur les ménages modestes, en particulier sur les postes alimentation (+2,6 % en 2024 selon l'estimation flash de l'INSEE publiée en avril 2026).
Le rapport consacre un chapitre spécifique à la pauvreté laborieuse, c'est-a-dire aux personnes qui travaillent mais dont les revenus restent inférieurs au seuil de pauvreté. 8,8 % des personnes en emploi sont concernées, un taux en hausse de 0,4 point par rapport à 2023. Ce phénomène touche principalement les travailleurs à temps partiel subi, les titulaires de contrats courts et les auto-entrepreneurs dont le chiffre d'affaires est insuffisant. La note de France Stratégie publiée en mai 2026 avait déjà documenté les inégalités territoriales de revenus, qui amplifient le phénomène dans les zones rurales et les territoires ultramarins.
La revalorisation du SMIC intervenue au 1er juin 2026 (+2,41 %) limite en partie la progression de la pauvreté laborieuse pour les salariés au bas de la grille. L'Observatoire note cependant que le taux d'emploi à temps partiel subi, en particulier chez les femmes, constitue un déterminant structurel qui ne se résout pas par la seule revalorisation du salaire minimal horaire.
L'Observatoire distingue la pauvreté monétaire de la grande pauvreté, définie par le cumul de privations matérielles graves (alimentation, logement, accès aux soins, chauffage). Selon les données du Secours Catholique et des Restos du Coeur, le nombre de personnes ayant recours à l'aide alimentaire a progressé de 3,4 % en 2025 par rapport à 2024, après une hausse de 5,1 % en 2024. Le rapport annuel du Défenseur des droits pour 2025 avait documenté la dégradation de l'accès aux services publics pour les personnes en situation de grande précarité.
La crise du logement contribue directement à cette intensification. L'avis du CESE sur l'accès au logement publié en mai 2026 chiffrait à 2,3 millions le nombre de demandeurs de logement social en attente, avec des délais d'attribution pouvant dépasser dix ans dans les grandes métropoles. L'Observatoire relève que 40 % des ménages pauvres consacrent plus de 40 % de leurs revenus au logement, contre 7 % pour l'ensemble de la population.
Le rapport mesure les inégalités de revenus par le rapport interdécile D9/D1, qui compare les revenus des 10 % les plus aisés à ceux des 10 % les moins aisés. Ce ratio s'établit à 6,7 en 2024, stable par rapport à 2023. Il était de 6,3 en 2010 et de 5,9 en 1990, ce qui traduit une progression tendancielle sur longue période, même si le niveau actuel est inférieur à celui observé dans des pays comparables (8,1 au Royaume-Uni, 10,2 aux États-Unis). L'écart entre les revenus des actifs selon la catégorie socioprofessionnelle reste particulièrement marqué : l'enquête de la DREES publiée en mai 2026 soulignait ainsi un écart d'espérance de vie en bonne santé de 13,4 années entre les cadres supérieurs et les ouvriers non qualifiés.
Le rapport formule cinq recommandations structurelles à destination du prochain gouvernement :
La pauvreté constitue un enjeu transversal qui structure les programmes présidentiels : il touche à la fois aux politiques fiscales et sociales, à l'organisation du marché du travail, à l'accès aux services publics et à la politique du logement. Les recommandations de la Commission européenne du 8 juin 2026 rappellent la contrainte budgétaire dans laquelle s'inscriront les politiques sociales de la prochaine mandature, avec une trajectoire de déficit public qui limite les marges de manoeuvre pour des hausses de prestations non financées. Le rapport de l'Observatoire des inégalités offre un état des lieux qui documentera les arbitrages à effectuer. Le rapport du COR sur les retraites (avril 2026) et le rapport de la Cour des comptes sur la Sécurité sociale (avril 2026) complètent ce tableau des défis sociaux que le prochain gouvernement devra affronter.
Cet article est factuel. Il ne préjuge pas des propositions des candidats à la présidentielle 2027 en matière de politique sociale.