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Défenseur des droits : 121 000 réclamations reçues en 2025, l'accès aux services publics se dégrade

Le rapport annuel du Défenseur des droits, présenté le 24 avril 2026 à l'Assemblée nationale, recense 121 000 réclamations en 2025, soit une hausse de 8 % par rapport à 2024. La dématérialisation des services publics et les difficultés d'accès dans les zones rurales et ultramarines constituent les principales préoccupations relevées.

121 000 réclamations, en hausse continue

La Défenseure des droits Claire Hédon a remis son rapport annuel au président de l'Assemblée nationale ce 24 avril. Le document recense 121 000 réclamations reçues en 2025, contre 112 000 en 2024 et 98 000 en 2023. Cette progression continue reflète, selon l'institution, une dégradation de l'accès aux droits sur plusieurs domaines.

La protection sociale (allocations, retraites, prestations familiales) représente 38 % des saisines, devant les services fiscaux (19 %), le logement social (14 %), l'éducation nationale (11 %) et la fonction publique (9 %). Les 9 % restants concernent la discrimination, la déontologie des forces de sécurité et les droits de l'enfant.

Répartition des 121 000 réclamations — 2025
Protection sociale (CAF, CNAV, CPAM)38 % — 45 980
Services fiscaux (DGFiP)19 % — 22 990
Logement social (bailleurs, préfectures)14 % — 16 940
Éducation nationale11 % — 13 310
Fonction publique (emploi, mutation)9 % — 10 890
Autres (discrimination, déontologie, droits enfant)9 % — 10 890

La dématérialisation, obstacle d'accès aux droits pour 8,6 millions de Français

Le rapport consacre un chapitre spécifique aux conséquences de la dématérialisation des services publics. Selon les données citées par le Défenseur des droits, 8,6 millions de Français sont en situation d'illectronisme total ou partiel — c'est-à-dire sans accès ou sans compétences suffisantes pour utiliser les outils numériques. Ces usagers se heurtent à des services accessibles uniquement en ligne (déclaration de revenus, demandes de prestations, téléprocédures) sans guichet physique alternatif.

Le rapport identifie des « zones mortes numériques » dans 2 800 communes, principalement rurales ou de montagne, où la couverture internet reste inférieure à 8 Mbit/s, rendant l'accès aux portails gouvernementaux difficile ou impossible.

Zones rurales et ultramarines surreprésentées

Les réclamations provenant de communes rurales (moins de 3 500 habitants) représentent 22 % du total, alors que ces communes ne concentrent que 17 % de la population. Les territoires ultramarins (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) affichent un taux de réclamation par habitant 2,4 fois supérieur à la moyenne métropolitaine.

Le Défenseur des droits pointe la fermeture progressive des trésoreries, des sous-préfectures et des antennes de la CAF dans ces territoires comme facteur aggravant, en lien avec les réductions budgétaires engagées depuis 2022. Ces données font écho au plan gouvernemental sur les déserts médicaux, qui cible les mêmes zones géographiques sous-dotées en services.

Trois recommandations principales

Le rapport formule trois recommandations à destination du législateur et du gouvernement :

Ces recommandations, non contraignantes, seront soumises à la commission des lois de l'Assemblée nationale. Elles alimentent le débat sur la régulation des services publics numériques en période pré-électorale, alors que l'accès aux droits figure parmi les thèmes les plus mobilisateurs à un an de la présidentielle selon l'enquête Cevipof d'avril 2026.

Contexte budgétaire et social

La publication du rapport intervient dans un contexte de tensions budgétaires documentées. Le programme de stabilité 2026-2030 transmis à Bruxelles prévoit une réduction des dépenses de fonctionnement de l'État de 1,2 % en volume par an. Les revalorisations des prestations sociales au 1er avril 2026 (+0,8 %) ont été appliquées, mais le rapport souligne que l'inflation cumulée depuis 2022 a érodé leur pouvoir d'achat réel pour les bénéficiaires les plus fragiles. Le rapport du rapport de la Cour des comptes sur la Sécurité sociale (déficit de 18,5 Md€ en 2025) avait déjà signalé ces tensions sur la branche protection sociale.