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31 mai 2026
Économie
HCFP : la trajectoire du LPFP 2026-2031 jugée "plausible mais conditionnée", trois zones de risque identifiées
Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) publie ce 31 mai son avis n°HCFP-2026-2 sur le projet de loi de programmation des finances publiques 2026-2031, présenté en Conseil des ministres le 27 mai. L'institution indépendante, créée par la loi organique du 17 décembre 2012, juge la trajectoire budgétaire "plausible mais conditionnée à la mise en oeuvre effective de mesures d'économies précises et à la maîtrise de la dépense locale". L'avis arrive à moins d'un an de l'élection présidentielle 2027, dans un contexte de déficit public à 5,3 % du PIB.
Source : HCFP, « Avis n°HCFP-2026-2 relatif au projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2026 à 2031 », 31 mai 2026. Document disponible sur hcfp.fr.
Des hypothèses macroéconomiques jugées "raisonnables"
Le HCFP examine les hypothèses de croissance, d'inflation et d'emploi retenues dans le texte. La prévision de croissance du gouvernement (1,1 % en 2026, 1,4 % en 2027, 1,5 % en 2028-2031) est qualifiée de "raisonnable", en cohérence avec les projections de l'OCDE publiées le 26 mai 2026 (1,1 % en 2026, 1,4 % en 2027) et avec le consensus des instituts de conjoncture.
L'hypothèse d'inflation à 1,8 % en 2026 et 1,7 % en 2027 est jugée "acceptable". L'estimation flash de l'INSEE pour mai 2026, publiée le même jour, montre une inflation à 2,0 % sur un an, légèrement au-dessus de cette projection, mais le HCFP note que la trajectoire annuelle reste compatible. L'hypothèse de taux de chômage à 7,2 % fin 2026 et 7,0 % fin 2027 est qualifiée de "prudente".
LPFP 2026-2031 , Principaux paramètres évalués par le HCFP
Croissance 2026 (hypothèse gouvernement)+1,1 % (jugée raisonnable)
Inflation 2026 (hypothèse gouvernement)1,8 % (jugée acceptable)
Déficit public 20265,3 % du PIB
Objectif déficit 20292,8 % du PIB
Effort structurel annuel0,5 pt de PIB/an (significatif)
Appréciation globale trajectoirePlausible mais conditionnée
Recommandations HCFP4
Trois zones de risque identifiées
Le HCFP identifie trois zones de risque pouvant compromettre l'atteinte des objectifs :
- Administrations publiques locales (APUL) : le texte prévoit une croissance des dépenses locales plafonnée à 0,5 % en volume, soit un effort substantiel compte tenu de la dynamique historique des dépenses de fonctionnement des collectivités. Le rapport du Sénat du 28 mai sur la réforme de la DGF et les finances des collectivités avait signalé les tensions sur les ressources des communes. Le HCFP estime que ce plafonnement suppose "un renforcement des mécanismes de gouvernance" entre l'État et les collectivités.
- Dépenses sociales de guichet : les prestations chômage, RSA et maladie sont par nature sensibles à la conjoncture économique. Si le chômage se stabilise à 7,2 % au lieu de décroître, les économies projetées sur ces postes ne se matérialiseront pas. Le bilan France Travail de la Cour des comptes du 29 mai relevait déjà que l'objectif de 5 % de chômage en 2027 était "hors de portée" selon l'OCDE.
- Conjoncture internationale : un choc externe (ralentissement du commerce mondial, hausse des taux de la BCE, instabilité énergétique) pourrait réduire la croissance française en dessous des hypothèses retenues, aggravant mécaniquement le déficit via les stabilisateurs automatiques.
Quatre recommandations du HCFP
L'avis formule quatre recommandations à l'intention du gouvernement et du Parlement :
- Précision des mesures d'économies : le projet de loi de finances 2027, premier acte budgétaire annuel sous l'empire du LPFP, devra identifier précisément les programmes et missions concernés par l'effort de 0,5 point de PIB, sans se limiter à des objectifs globaux par mission.
- Mécanisme de correction automatique : créer un dispositif de déclenchement d'un rapport d'alerte au Parlement si l'écart constaté avec la trajectoire dépasse 0,3 point de PIB à mi-exercice, afin d'éviter les dérives en fin d'année.
- Gouvernance APUL : instaurer une conférence budgétaire annuelle État-collectivités, formalisée par un protocole pluriannuel, pour fixer les enveloppes de dépenses locales en cohérence avec la trajectoire nationale.
- Indépendance des prévisions macro : soumettre à l'avenir les hypothèses macroéconomiques du gouvernement à une validation formelle par un comité d'experts indépendants dès la phase d'élaboration du texte, conformément à la pratique de plusieurs États membres de l'Union européenne.
Des enjeux budgétaires au coeur de 2027
Le LPFP 2026-2031 constitue le cadre budgétaire dans lequel s'inscrira le prochain quinquennat. Le futur gouvernement issu de l'élection présidentielle de 2027 héritera de la trajectoire définie dans ce texte ou devra la réviser, ce qui implique soit de poursuivre l'effort de consolidation, soit de le modérer au prix d'une dégradation des indicateurs de dette. Le programme de stabilité 2026-2030 transmis à la Commission européenne en avril fixait un objectif similaire de retour sous les 3 % du PIB de déficit en 2029.
Le HCFP rappelle que la France reste sous procédure de déficit excessif depuis 2024 et que les engagements pris vis-à-vis de la Commission européenne impliquent un effort structurel minimum de 0,5 point de PIB par an. L'avis note que le LPFP est "cohérent avec ces engagements" mais que leur respect "n'est pas acquis d'avance en l'absence de mesures législatives précises".